19/10/2005

culpabilité (le livre)

Il y a quelques années.
 
Je lis un livre prêté par mon prof de latin. L'intrigue est géniale, je dévore l'histoire, je suis dedans, dans le personnage, je me promène dans le palais de l'empereur, en toge et tout le tremblement.
 
Je revois l'instant fatal et banal. Je saisis la page et la tourne. J'entends alors un craquement, une déchirure : le coin de la feuille m'est resté en main.
 
Bouffée de chaleur. Angoisse. Je passe des heures à me demander si je dois la recoller ou la laisser déchirée, si je dois avouer ou jouer les innocents.
 
J'opte finalement pour un ravaudage douteux au papier collant mais cela se voit encore plus. La réparation déborde du livre, elle jure, c'est un coup de poing dans l'oeil, une insulte à la Pléïade, une balafre dans mon honneur.
 
Le lendemain, je dois rendre le bouquin et j'hésite toute la journée sur l'attitude à adopter. Finalement, j'avoue tout d'un air coupable.
 
Le prof ne prête même pas attention au bout de scotch qui sors de la tranche de ce livre de poche à 350 francs. Il finit par me répondre d'un air détaché et en ramassant les copies qu'un livre, c'est fait pour être lu. Usé jusqu'à la corde.
 
Je trouve ça bizarre. Et me sens bête. Et paumé.

15:43 Écrit par marco | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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